Colloque « Questionnements croisés sur le renouveau syndical, organisé par les RT 18, 25 et 30 de l’Association française de sociologie, Paris, Fransa, 14 - 15 Kasım 2024, (Yayınlanmadı)
Cette communication analyse les recompositions du champ syndical en Turquie au cours des deux dernières décennies sous le gouvernement du Parti de la justice et du développement (AKP), dans un contexte d’autoritarisme néolibéral. S’inscrivant dans la sociologie politique du syndicalisme, elle interroge la perte d’autonomie relative du champ syndical face au champ politique, accentuée par l’intervention constante de ce dernier.
Malgré un taux de syndicalisation d’environ 10 %, seuls 5 % des travailleurs du secteur privé bénéficient effectivement de droits de négociation collective, tandis que les syndicats de la fonction publique restent privés du droit de conclure des conventions collectives. Dans le secteur privé, où les syndicats disposent formellement de ce droit, l’interdiction récurrente des grèves au nom de la « sécurité nationale », la criminalisation des syndicats de combat et la violence policière témoignent d’une discrimination syndicale structurelle. Celle-ci affaiblit le syndicalisme combatif et favorise les syndicats dits « sans couleur » au détriment des organisations proches de la gauche, telles que la DİSK et la KESK.
Fondée sur une enquête qualitative menée entre 2022 et 2024 dans le cadre du projet ANR CALOT, reposant sur une vingtaine d’entretiens avec des militant·es syndicaux issus de différents secteurs, cette recherche met en lumière les stratégies d’adaptation développées par les syndicats combatifs. Face aux contraintes juridiques et structurelles, celles-ci incluent la création de syndicats indépendants, de réseaux militants informels et le recours à l’action directe en dehors du cadre légal de la grève.